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| Frederic Hilbert, conseiller général de Colmar, ne se rendra pas au débat sur l'identité nationale |
| Brèves colmariennes |
| Mercredi, 27 Janvier 2010 18:06 |
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Source : http://blog.frederic-hilbert.fr/post/2010/01/27/identit%C3%A9-nationale Voici le courrier adressé au Préfet Monsieur le Préfet, Je vous remercie de m’avoir invité au débat sur l’identité nationale que vous organisez samedi matin. Cependant je n’y participerai pas. Le terme de ce débat tel qu’il a été défini par le Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité National et du Développement Solidaire, les différentes contributions, dont celles de ministres et de secrétaires d’état, ainsi que les débats connexes sèment la confusion au sein des français, certains ayant le sentiment d’être rejetés. Ce débat aurait comme finalité de nous rendre fiers d’être français, mais il entretient et crée des clivages parmi nos concitoyens. Décliné différemment, ce travail aurait pu être très intéressant. Plutôt qu’un repli sur soi, il aurait été préférable d’orienter la discussion sur les valeurs qui nous rassemblent, sur un projet de société dont nous serions fiers. Le singulier de l’expression « identité nationale » et son aspect statufié laisse peu de place au vivre ensemble, à la pluralité de nos cultures, au respect réciproque, à la diversité et à l’évolution de la société. En Alsace, tout particulièrement, nous devrions y être vigilant. En effet le droit local et le maintient du concordat nous donnent une place particulière, héritée de notre histoire et différente du reste de la France. Alors que le chômage augmente, que l’avenir reste très incertain, que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’accroît, que les services publics sont mis à mal, que les collectivités territoriales perdent de l’autonomie, que les engagements du grenelle de l’environnement ne sont pas tenus, nous pouvons légitiment poser la question de l’opportunité d’un tel débat avant les élections régionales. Aussi, Monsieur le Préfet, je ne souhaite pas cautionner par ma présence cette initiative gouvernementale malheureuse. En vous assurant de mon bonheur d’être Français, je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de ma considération très distinguée. |
Commentaires
Organisées par le Club de prévention Europe, il y a eu récemment une série de rencontres sur ce thème, dans différents lieux du quartier ouest.
De même que les " débats " menés au plan national, sur " l'identité nationale " , ont dérapé souvent sur le terrain pourri de: " les musulmans nous embêtent ", la réunion à laquelle j'ai assisté à Colmar a un peu dévié vers: " les musulmans sont brimés dans leur religion ". Heureusement, il y avait là plusieurs personnes de grande qualité qui parlaient avec mesure, et on sentait aussi un vécu commun entre les participants.
Donc, cela n'a pas dégénéré, et avec humour et compréhension, chacun a pu mieux saisir au cours du dialogue, ce qui troublait l'autre.
Ensuite il y a eu une réunion de synthèse de toutes les 4 rencontres au foyer St Paul. Là , c'était plus policé, car les gens intervenaient plutôt pour des associations.
On sentait aussi le poids des liens déjà anciens et des pratiques de bon voisinage.
Cependant, j'ai ressenti qu'à un moment on arrive toujours à une incompréhension, autour du concept de laïcité, les tenants d'une laïcité militante estimant qu'elle va de soi, et donnant leur propre interprétation des préceptes religieux islamiques. De l'autre côté, certains musulmans ne peuvent entrer dans cette interprétation, et se réfèrent aussi à des textes.
J'ai été perplexe devant le chemin encore à parcourir par les uns et les autres, mais j'ai eu la satisfaction de voir que le dialogue était possible et même serein.
Pourvu que les pêcheurs en eaux troubles et les jeteurs d'huile sur le feu ne s'en mêlent pas, car ce serait trop facile sur ces sujets ultra-sensibles !
J'espère que moi-même je ne mettrai pas le feu aux poudres avec ces paroles, car j'essaie aussi de faire une partie du chemin pour accepter de voir que, ce qui me semble quelquefois dérisoire, est important pour d'autres.
Voilà ce que je pourrais dire à Frédéric Hilbert en lui demandant son sentiment, car il était présent à St Paul.
Le club de prévention Europe organise depuis de longues années des séries de rencontres intitulées « réfléchir le social ». Chaque année un thème est décliné avec différents intervenants. Ces dernières années nous avons discuté de la justice, de l’autorité, des noces d’or du quartier Ouest, etc… La discussion de mardi et les prochaines ne s’inscrivent donc pas dans ce fumeux débat de l’identité nationale mais dans la continuité de réflexion avec les acteurs du quartier. Le choix du thème provient des discussions des jeunes au club de prévention. Il n’a pas été simple à prendre car le dérapage est facile. Cependant l’objectif est aussi d’augmenter la participation des habitants du quartier à ces soirées et cela passe par des thématiques qui les intéressent.
La soirée de mardi était particulière. Il s’agissait de mise en commun de discussions préalables de 4 groupes. La difficulté de l’exercice est la prise de parole pour les personnes qui n’y sont pas habituées. Ainsi les travaux en petits groupes ont été plus fructueux que la mise en commun.
Les discussions au sein des petits groupes ont été très différentes les unes des autres. La mise en commun a un peu atténué ces différences.
J’espère que la tenue de ce genre de discussion fera baisser les fondamentalismes. L’objectif étant de vivre ensemble. Plusieurs analyses ont été exposées lors de la soirée, parfois très différentes. Mais le point commun à plusieurs d’entre elles est ce « vivre ensemble.
La réalité est très contrastée, entre ce qu’il se passe à Colmar et à Mulhouse, il y a un monde. Cependant je suis persuadé que l’appareil législatif actuel nous permet de combattre les extrémismes. Ce qu’on nous lance actuellement est électoraliste. Mais ce n’est pas seulement cela, ça crée un malaise dans une grande partie de la société alors que nous devrions installer la confiance.
La discussion initiée par le club de prévention s’inscrit dans le registre de l’échange et la meilleure connaissance, reconnaissance, de l’autre. D’autres initiatives existent à Colmar, elles ont été citées lors de la soirée. Par exemple la marche pour la paix ou les café théologiques ouverts à toutes les confessions et aux athées. En visitant le quartier Riselfeld de Freiburg j’ai été très séduit par le lieu de culte. Il a été un des premiers bâtiments construit, à coté de la médiathèque, au centre du quartier. C’est un lieu partagé par les catholiques et les protestants, avec une salle modulable en fonction de la fréquentation. La question de la croyance est personnelle, mais l’aspect positif du culte est la rencontre régulière des gens d’un même quartier. C’est, c’était, un élément essentiel de la vie en société. L’idée d’un lieu de culte commun à plusieurs confessions, à proximité d’un lieu culturel et d’un café, me convient bien.
Les sociétés humaines sont modelées par les élans de l’histoire, les nécessités du présent et les promesses de l’avenir.
Au gré des mutations, les hommes emportent un héritage qui assure leur marche.
Ainsi s’enracinent les identités.
Ancienne province romaine, d’abord envahie par les Alamans puis conquise par les Francs, elle devient la région la plus florissante d’Europe.
Sur les terres alsaciennes émerge l’humanisme, affermi par l’invention de l’imprimerie par Gutenberg à Strasbourg et l’essor de la Réforme.
Contrée s’allongeant alors à l’orée du Saint Empire Romain Germanique, colosse englobant les royaumes de Germanie, d’Italie, de Bourgogne, puis s’étendant au domaine germanique ; elle fût conquise par les armées du cardinal de Richelieu, responsable du Royaume de France.
Ravagée par la guerre de Trente Ans, elle rebâtie ses structures et son économie.
A l’issue du conflit franco-prussien de 1870, l’Empire allemand intègre l’Alsace. La voilà proclamée « terre d’Empire ».
Dans la terrible fournaise de 1914-1918 qui ensanglanta l’Europe, elle est le siège des grandes batailles, écartelée entre deux ambitions destructrices.
A peine relevée, elle est déchirée par la folie du nazisme.
L’Alsace annexée de la seconde guerre, c’est la collaboration qui comme un venin gangrène la France entière, c’est les camps et la répression, c’est aussi les filières d’évasion, le réseau de renseignement dit Martial, c’est aussi une Alsace clandestine au service de l’humanisme.
C’est les « malgré-nous ». 130 000 à 140 000 jeunes Alsaciens et Mosellans sont mobilisés dans l’armée allemande, 30 000 à 40 000 ne sont jamais rentrés, la plupart étant morts sur le front de l’Est ou dans les camps soviétiques.
Des milliers de jeunes gens se cachent ou cherchent à s’évader, déclarés ennemis du Reich, leurs biens sont mis sous séquestre et leurs familles « transplantées » en Allemagne.
Nombreux sont ceux qui payeront de leur vie le refus de porter l’uniforme allemand.
C’est le général Koenig qui sur les terres lybiennes met l’Africa Korps de Rommel en échec durant seize jours.
Accroché à un plateau isolé, exposé aux feux de l’infanterie, de l’artillerie, des chars et de l’aviation ennemis, Pierre Koenig opère le coup d’éclat de Bir Hakeim, empêchant ainsi l’encerclement de la VIIIe armée britannique.
C’est André Aalberg, Paul Batiment, Pierre Bernheim, Laure Diebold, tous compagnons de la libération.
C’est la constitution de trois Groupes mobiles d’Alsace (GMA) composés de volontaires pour prendre les armes et libérer leur pays.
Formés dans les Vosges, en zone sud et en Suisse, les trois GMA combattent aux côtés des alliés pour la libération de l’Alsace, pendant l’hiver 1944-1945.
C’est la Brigade Alsace-Lorraine qui rassemble des Alsaciens et des Mosellans et rejoint sous le commandement d’André Malraux la Ier Armée française pour combattre cinq mois durant aux côtés des Alliés.
Du 19 novembre 1944 au 20 mars 1945, durant quatre mois, les Alliés libèrent l’Alsace.
Le 2 février 1945, Colmar est libérée.
Le général de Gaulle se rend alors à Mulhouse, à Colmar et à Strasbourg, porté en triomphe.
Tiraillée par les Empires, les Royaumes, les nations, victime de rêves dérisoires de puissance et de gloire transformés en cauchemars, elle aspire plus que jamais à la paix.
L’Alsace, bordée par le Rhin, accolée à l’Allemagne et à la Suisse, croisement majeur de marchandises et de richesses sera européenne.
Touchée par la crise et les licenciements, elle est aujourd’hui engagée dans une lutte pour assurer sa destinée.
A ces heures cruciales, nous mobilisant tous au service d’un même dessein humaniste et généreux, avons-nous fait le point sur notre héritage ?
Avons-nous avec suffisamment de recul tiré les enseignements de notre passé ?
Assumons-nous désormais avec sérénité notre histoire tourmentée ?
Au-delà du patrimoine architectural aperçu ci et là , que nous reste-t-il ?
Une mémoire marquée par l’absurdité sinistre des hostilités, des haines exacerbées. Des cicatrices persistent mais la vague du temps les apaise.
Peu à peu nous nous réconcilions avec nous même.
Il nous reste une foi en l’homme. Il nous reste une foi en notre destin commun.
L’Histoire pourrait être enseignée sous un angle moins nationaliste, plus lucide. Cette lucidité éclairant la voie nous menant à notre accomplissement.
Le passé fonde l’avenir. Les fondations doivent ainsi être solides.
Une langue, une langue locale marquée par de hauts accents qui sonnent comme un écho lointain.
L’alsacien se dissout dans les voix, sa saveur ne touche plus nos palais, habitant à peine nos souvenirs.
L’alsacien est-il condamné ? Sera-t-il enterré derrière une belle stèle où nous nous réunirons à l’occasion pour commémorer ?
Faut-il au contraire s’obstiner à le réanimer ?
S’il ne faut pas perdre notre langue, il ne faut pas non plus l’imposer.
Une langue imposée est une langue triste et sans vie.
Actuellement l’alsacien est proposé au lycée en option.
De nombreux élèves n’en voient pas l’utilité et ne s’y engagent pas.
A ce niveau d’apprentissage, cette langue peut paraitre superficielle par rapport à l’allemand ou l’anglais dont l’enseignement est privilégié dans notre région.
En effet, afin d’assurer leur avenir professionnel les jeunes étudient des langues qui ont une application nationale voir internationale.
L’anglais est la langue favorisée dans le cadre mondial.
L’allemand est une langue importante en Europe.
Dans ce contexte de crise, leur apprentissage est une nécessité.
L’alsacien n’a pas la même dimension.
La portée de son enseignement au lycée est donc infime.
On peut tenter de l’étendre.
Nous pourrions envisager une nouvelle méthode de formation qui serait proposée en parallèle de celle qui est actuellement appliquée. Il y aurait donc un choix.
Cette méthode consisterait en un enseignement en maternelle de l’alsacien puis en parallèle de l’allemand en début de primaire pour au final s’y consacrer. L’alsacien sera une porte vers l’allemand.
Armés de l’allemand et du français, les élèves pourront s’atteler à l’anglais en fin de primaire dont les racines plongent en ces deux langues.
Il s’agira d’organiser ainsi un apprentissage des langues en donnant à chaque étape des outils pour aller plus loin.
Une autre action possible serait de favoriser les classes bilingues dès la maternelle.
Cette démarche se fonde sur l’immersion dans une langue étrangère dès le plus jeune âge. Elle peut faciliter l’apprentissage d’une langue.
Certains prétendent qu’il n’y a pas suffisamment de demandes pour pouvoir l’étendre. Soit mais l’offre peut créer la demande.
Pourquoi ne pas instaurer deux classes d’immersion par école ?
A partir des écoliers qui s’y engageront et voudront continuer, nous pourrions établir le nombre de classes nécessaires dans les collèges.
Il faudra sans doute changer la manière dont les langues sont enseignées. Etre moins dans la théorie et plus dans la pratique.
Nous pourrions favoriser les stages à l’étranger.
Nous défendrons ainsi notre langue initiale, mais nous devrons aussi accepter les autres héritages linguistiques comme le turc et l’arabe que nous pourrions promouvoir, valorisant ainsi tous nos atouts.
Beaucoup d’alsaciens n’ont pas l’alsacien comme langue d’origine mais le turc ou l’arabe. Si nous voulons défendre l’alsacien alors nous devrons défendre ces langues également, en favorisant par exemple leur enseignement dès la primaire.
Le turc et l’arabe sont des langues étendues dans le monde. Les parler peut être un véritable atout or elles ne sont presque pas enseignées.
Nous pourrions les hisser au même rang que l’anglais et l’allemand dans l’enseignement.
Les élèves bilingues ou trilingues pourraient avoir le choix entre ces langues.
Les élèves sensibilisés à l’alsacien et l’allemand pourront prendre l’allemand, les élèves sensibilisés à l’anglais pourront prendre l’anglais, les élèves sensibilisés au turc pourront prendre le turc, les élèves sensibilisés à l’arabe pourront prendre l’arabe. Chacun pourra faire valoir ses atouts, chacun pourra puiser dans son passé pour bâtir son avenir.
Des religions notamment chrétiennes et musulmanes.
Le droit local assure leur enseignement, le plus souvent non obligatoire, ce qui laisse à chacun le choix de son héritage spirituel.
Cependant la religion chrétienne est plus enseignée, un équilibre doit être trouvé avec les autres religions. Nous pourrions revoir l’organisation de leur enseignement.
Ainsi l’Alsace porte un héritage torturé que nous devons tous accepter pour éviter les tourments du passé.
L’Alsace compte de nombreux habitants distincts et variés dont il faut respecter l’itinéraire.
A la croisée des chemins, nous trouverons une voie commune.
Enracinés nous pourrons nous élever vers notre accomplissement.
Nous, européens, français, alsaciens cultivons un monde nourrie de nuances et voué à leur bien être.
BRUNNER Florian