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| Bartholdi: une biographie iconoclaste |
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| C'était au temps - Impertinent who's who colmarien |
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Sculpteur épris de colossal et chantre monumental des valeurs patriotiques. Il doit l’essentiel de sa gloire à cette trop fameuse Liberté éclairant le monde, installée en 1886 dans le port de New York. Coiffée d’une couronne de pointes agressives, cette statue monstrueuse et grossièrement allégorique, aux plis trop lourds, regarde vers le large et ce regard sans nuance est celui d’une prédatrice impitoyable, ce que d’ailleurs confirme une bouche au dessin de mortelle détermination. La « liberté » ainsi célébrée par Bartholdi, né à Colmar, est celle qui autorise, en toute « légalité », le plus fort à dévorer le plus faible. Plus d’un siècle avant les premiers effets d’un cataclysmique phénomène que par précaution les économistes ont appelé mondialisation, l’auguste Bartholdi encense les Etats-Unis qui utilisent déjà , pour le compte de leur seule nation boulimique, le nom du continent tout entier dont leur territoire, observez-le, ne constitue jamais qu’une assez faible part de la superficie totale. Un nom forgé à partir du prénom d’Amerigo Vespucci, navigateur florentin au service de l’Espagne, lequel, en 1499, est le premier à considérer ces terres censément asiatiques comme appartenant à un nouveau continent.
En 1856, avant cette américaine Liberté, le jeune Bartholdi donne à sa ville natale un Général Rapp trop ridicule pour déparer le jardin d’une obscure sous-préfecture auvergnate, pas assez cependant pour ne pas être dressée au beau milieu de la plus vaste place de Colmar, préfecture alsacienne. Son Amiral Bruat de 1863 lui vaut la reconnaissance officielle de Napoléon-le-Petit, ainsi que le ruban rouge. Après la guerre de 1870, il s’attelle à une nouvelle « hénaurme » tâche : l’illustrissime Lion de Belfort. Il s’agit maintenant de glorifier l’héroïque défense de Belfort sous l’autorité du colonel Denfert-Rochereau. Autre homme de guerre honoré par notre martial sculpteur : Lazare de Schwendi, une sorte de condottiere germanique au service de Charles Quint et maître du Hohlandsburg, château de Haute-Alsace, dont la reconstitution se poursuit depuis des lustres, engloutissant des sommes considérables, mais sans commune mesure, tout de même, avec (prenons ce seul exemple) le coût de maintenance d’un de nos budgétivores sous-marins nucléaires…
Extrait de:
"Célébrités alsaciennes, dictionnaire impertinent", de Daniel Ehret, Editions du Bastberg, 2008, avec l'aimable autorisation de l'auteur. |



Commentaires
La bibliographie impertinente de Bartholdi, commise par Daniel Ehret, apporte des éclairages insolites et crus sur l'œuvre de ce Colmarien, enseveli sous les clichés pour touristes pressés, dont l'humanité est abreuvée. Le tableau peut se compléter, par toutes sortes de points de vue.
Il est saisissant de comparer la tête de la statue à l'emblème des USA, l'aigle royal, et de trouver justifié " l'air prédateur et la détermination meurtrière " invoqué par Daniel Ehret. Rien que des rapaces !
De même, celui-ci voit, avec les yeux des hommes du XXIème siècle, dans la liberté célébrée, celle d'autoriser le plus fort à dévorer le plus faible.
Mon dessein est de revenir 120 ans en arrière. Quel pouvait être l'état d'esprit des contemporains de Bartholdi, en particulier, alsaciens ? I l y avait encore à l'époque des Alsaciens qui avaient vu leurs ancêtres ou leurs voisins partir pour le Nouveau Monde, qui avaient entendu les récits de voyage, dans des conditions pitoyables, de ces émigrants. Ma grand'mère nous a raconté de telles histoires. Qu'est-ce qui poussait des familles entières à quitter leur coin, à partir à l'aventure ? A quoi voulaient-elles échapper, quel souffle de liberté irrépressible les incitait à se mettre en route ? Ces gens pensaient en toute bonne conscience, trouver un pays vide, où existait la liberté de recréer sa vie, ce qui leur faisait prendre des risques insensés.
En visitant le musée Bartholdi colmarien il y a quelques années, j'ai relevé un autre aspect extraordinaire de cette statue: la prouesse technique qui a permis de la réaliser en atelier à Paris, de la transporter par pièces numérotées à New-York, de la monter et assembler par rivetage ! Je me demande si ce n'est pas cela qui a époustouflé en premier les Américains.
Voilà ma contribution à l'éclairage de la chose, il y en aura peut-être d'autres…
Daniel Ehret a-t-il aussi une bibliographie iconoclaste de Hansi ? Il y a une trentaine d'années la revue " Saisons d'Alsace " en avait fait paraître une, qui décapait la couche de révérence obligatoire envers quelqu'un, qui fait si bien " marcher le commerce ". La conclusion de l'étude m'avait fait forte impression, tellement elle exprime l'ambiguité de toutes les choses alsaciennes: " avec son côté patriotard outrancier, Hansi révèle avant tout sa sentimentalité germanique "
A suivre
http://tde.typepad.com/thierry_do_blog/2009/07/
Avec au menu une visite tordante de la statue de la Liberté à New-York...
(descendre jusqu'Ã la date du 26 juillet)
A découvrir:
http://colmar-city.over-blog.com/0-categorie-10981836.html