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C'était au temps - Impertinent who's who colmarien

KARPFF Jean-Jacques, dit Casimir (1770-1829)

 

"On a voulu voir dans cet opportuniste parfois naïf le fondateur du musée Unterlinden à Colmar.

Bénéficiant de protections diverses, dont celle du peintre officiel David, qui est son maître en 1790, il se débrouille, en alléguant de subtils rhumatismes, pour être exempté de service militaire et continuer à vaquer aux seules occupations qui l’amusent : sa propre peinture, certes, mais davantage encore celle de ses illustres devanciers, menacée par l’iconoclasme. Sur ce point, je ne saurais que l’applaudir. Ruser pour sauver des œuvres d’art promises à la fureur « révolutionnaire », s’ingénier à les faire abriter en lieu sûr, voilà qui vous grandit un homme, surtout si son naturel penchant l’avait jusqu’ici cantonné dans un commerce prudent de gens et de choses convenues et convenables.

 

 

 

 

Dans l’atelier de David, il côtoie les futurs hérauts du classicisme français : Girodet, Guérin, Gros, Gérard et quelques autres, plus obscurs. Ce compagnonnage ne stimule guère la facette novatrice de son talent. Mais lui assure les appuis nécessaires à l’accomplissement des missions de conservation qui conviennent à son tempérament mesuré. Les collections du « musée national de Colmar » s’enrichissent considérablement grâce à la diplomatie et à l’entregent de l’honnête citoyen Karpff.

 

unterlinden autrefoisDocile sous la Convention, obéissant sous le Directoire, il fait la révérence au Consulat et l’on construit d’après ses dessins, sur le Champ de Mars colmarien, un pompeux obélisque de bois en l’honneur de Napoléon 1er. Entre 1793 et 1810, il portraiture à tire-larigot. Cela va du sanguinaire accusateur public Philippe Yves au consensuel poète Pfeffel, en passant par le bouillant général Rapp et l’insignifiante impératrice Joséphine dont il obtient, en son château de Saint-Cloud, un nombre de séances de poses parfaitement étonnant. Ce dernier portrait, flatteur pour l’épouse du tyran corse, lui vaut l’hommage appuyé du très solennel David et une médaille d’or au salon de 1809.

 

Après quoi, il entame une vieillesse précoce, en la lénifiante compagnie d’une dame poétesse qui l’entoure de toute sa sollicitude, mais ne lui permet pas d’accéder, semble-t-il, au plus intime de sa personne. Aussi notre Karpff demeure-t-il jusqu’à la fin de ses sérieux jours, aussi célibataire qu’un bœuf endurci des collines charolaises. Ne voulant laisser à nul autre qu’à lui-même le soin de son avenir posthume, il dessine son tombeau, que la postérité saura très fidèlement exécuter à sa mémoire, fier et modeste à la fois, mêlé à tant d’autres vanités tumescentes, en l’immense et passionnant bazar mortuaire du Père Lachaise."

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Extrait de "Célébrités alsaciennes - dictionnaire impertinent" de Daniel EHRET (éditions du Bastberg, 2008), avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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