Conseil Unique: une réunion pour comprendre

Faire oeuvre de pédagogie, tel était l’objectif déclaré de la réunion publique organisée par le collectif ALSACE UNIE le 27 mars à Colmar. Avec une quasi-unanimité en faveur du projet (Conseil Territorial d’Alsace) soumis à référendum le 7 avril 2013 aux Alsaciens. Petit tour comme si vous y étiez, sous l’oeil affuté de CWL….

Des économies, nous dit-on

Brigitte Klinkert a ouvert le bal, se déclarant ardente défenseur(e) d’une collectivité unique qui, selon ses propos, tendra vers plus de mutualisation des services, moins de frais de gestion. Bref, faire plus et mieux sans augmenter les impôts. A telle enseigne que de 122 élus aujourd’hui on devrait descendre à une centaine. Avec cette spécificité bicéphale: un siège politique à Strasbourg et un exécutif à Colmar.

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Le train du 7 avril n’en cache pas un autre

Voilà qui devrait ravir les Colmariens angoissés par une nouvelle hégémonie strasbourgeoise. Et B.Klinkert d’avertir: « Colmar ne doit pas laisser passer le train du 7 avril. Colmar doit s’ouvrir enfin sur la région et ne pas rester fermée sur elle même comme maintenant ». Le ton est donné!

Mutualisation? Isabelle Fuhrmann (Nouveau Centre) cite l’exemple de la cité scolaire Lazare de Schwendi à Ingersheim: un vrai casse-tête pour la direction, et aussi un gaspillage d’énergie, selon qu’on a besoin d’un interlocuteur pour la partie collège ou lycée, on doit s’adresser au Conseil Général ou au Conseil Régional.

Ce n’est pas faire de la politique que vouloir plaire

Hubert Miehe (PS) se place sur un autre registre, plus marqué par l’appartenance à la bande rhénane: Nous avons une langue qui a besoin d’être revigorée pour dialoguer avec nos voisins. Et nous avons une obligation transfrontalière: nous sommes en effet à la jonction de l’espace latin (terre de brassage et d’apports culturels du Sud Européen) et de l’espace continental (où tout est dans la prévision et l’anticipation).

Comment un politique peut défendre au mieux un territoire? en étant sincère et authentique. Faire de la politique ce n’est pas Plaire c’est répondre aux besoins (même si on ne peut répondre à tout). Telle est la conviction d’un Hubert Miehe dont on ressent à chaque prise de parole la passion vibrante pour la chose publique.

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L’Alsace, au même titre que les DOM/TOM

Tristan Denechaud (Modem, Bougeons les Lignes) s’est amusé à collecter et décrypter les positions « nonistes » et leurs pseudo-arguments: jusqu’à celle, jugée antinomique, du maire de Colmar qui estimerait que le CTA est une coquille vide avec des impôts en plus. Souvent derrière ces oppositions de principe se cacheraient la peur du changement, quand ce n’est pas la mauvaise foi. TD cite pêle mêle Martinique et Guyane, où un processus semblable est en cours, Corse (où la territorialité est un fait acquis depuis longtemps)…

Un far-west pas du tout rassurant

Un Alsacien d’adoption, présent dans la salle, se déclarant actif sur les réseaux sociaux, déplore le « far-west » ambiant qui ne rassure plus les gens, et, bien que non-dialectophone, reconnait l’utilité du bilinguisme, car on doit vivre avec l’avenir en ligne de mire.

Brigitte Klinkert boit du petit lait: le bilinguisme, elle en est convaincue, est indispensable pour décrocher plus aisément des jobs non pourvus en Bade-Wurtemberg, et oeuvrer ainsi à la coopération transfrontalière, sans attendre un go no go hypothétique de Paris . Elle se dit agréablement surprise par l’accueil des gens en ville lors du tractage cette semaine, et par les positions majoritairement en faveur du oui, selon sa propre perception. Belle leçon de démocratie pour un réferendum à l’initiative (c’est une Première!) d’une région, se réjouit-elle.

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La nappe phréatique glisse vers Strasbourg

Christian Meistermann (conseil municipal) assure que l’Alsace a tout à gagner en force de réactivité face à des investisseurs qui n’attendent que de la simplification administrative. Et puis l’eau coule partout dans le même sens en Alsace, or la Région s’occupe des eaux souterraines et les conseils généraux des eaux de surface!

La télé de papa c’est pas mon truc

Désaffection des jeunes? Florian Brunner n’en est pas convaincu, eu égard à ce qu’il observe au fil des actions de communication dans les universités par exemple. En fait tout dépend du lieu, de la forme et de la ténacité du militantisme. Les jeunes, on les voit peut-être moins physiquement, concède Mathieu Hilbert (Ecol), mais ils sont bien présents sur les réseaux sociaux. Tristan Denechaud regrette l’absence de site ou de media de référence pour les jeunes en Alsace: les 20-30 ans ne sont attirés ni par le JT de France 3, ni par les quotidiens papier, ni par les débats en salle (sauf peut-être au moment des Présidentielles?)

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Pas fichus d’occuper ces emplois!

S’ensuit une longue tirade dramatisante de Gérard Cronenberger sur l’identité alsacienne en péril: l’Alsace s’est repliée sur elle-même. Avec l’effrondrement de la double culture, notre région aurait perdu 30% de flux économique avec l’Allemagne. Le chantre du bilinguisme en défend les grands piliers: la PRECOCITE (ex: apprendre dès 3 ans), l’INTENSITE (12 heures /jour), la CONTINUITE (ré-introduire l’alsacien en classe de seconde). Le maire d’Ingersheim déplore que les Corses soient en avance (50% d’enfants bilingues) et même les Basques (60%). Alors, oui il faut refonder l’école, et revitaliser les filières professionnelles et l’apprentissage. En 2015, il y aura des dizaines de milliers d’emplois disponibles en Bade-Wurtemberg et « nous ne sommes pas fichus de les occuper car on ne parle pas allemand! » s’emporte-t-il.

Gérard Cronenberger dit se battre aussi pour le maintien du droit local, rappelant au passage qu’en 1911 le Parlement régional (actuel TNS) votait des lois applicables uniquement en Alsace-Moselle.

Les conseillers généraux: Votez OUI, pour que je disparaisse!

Le député Eric Straumann (UMP) craint un peu le vote « anti-système », même si les jeunes voteraient plutôt en faveur du projet de Conseil Unique, selon un tout récent sondage. Pour casser cette idée selon laquelle les élus voudraient conserver leur pré-carré, il rappelle que les conseillers qui ont milité pour le Oui savent que la moitié d’entre eux va mécaniquement disparaître. Il devrait ainsi ne rester que 17 cantons dans le Haut-Rhin et 23 dans le Bas-Rhin.

Le vote du 7 avril: un chèque en blanc?

Quelqu’un dans la salle estime qu’il peut y avoir dans la tête des électeurs confusion sur le véritable périmètre de cette consultation. Car il s’agit de voter OUI ou NON pour un projet qui engage l’avenir d’une région de 1,7 million d’habitants. Et ce projet ne prendra corps qu’en 2015; c’est donc bien une question de principe qui est posée, sur une ébauche qui de toute façon sera discutée avec l’Etat. Même si le gouvernement actuel est plutôt favorable au projet alsacien, c’est le Parlement qui décidera au final. Eric Straumann reconnait qu’il faudra attendre l’acte 3 de la Décentralisation, avec l’incertitude sur la part de proportionnelle: 40 cantons avec pour chacun un binôme et le reste (20 sièges)  selon quel mode de scrutin?

Loïc Jaegert convient qu’on peut rester sur sa faim face à la documentaton  envoyée aux électeurs: ces 4 pages manquent un peu de concret, notamment sur le thème de la gouvernance.  Brigitte Klinkert parle plutôt d’un outil proposé aux Alsaciens (le projet politique viendra alors ensuite?) Quoi qu’il en soit, l’occasion de faire quelque chose d’aussi important pour les générations futures en Alsace ne se représentera pas. Il n’y aura pas de deuxième tour! conclut-elle.

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