Les écoles de la société civile ( CR du 14 mars ) PDF Imprimer Envoyer
Les dossiers - Ecole, université, formation

ecole_par_zigazou76_flickrReport sur la Conférence de Michel LALOUX Colmar, le 14 mars 2010
LES ECOLES DE LA SOCIETE CIVILE

Préliminaires

Faute d' alternative aux services publics centralisés que nous connaissons, on s'achemine vers la privatisation, pour l'ensemble des services publics, malgré protestations et pétitions ( 2 millions de pétitionnaires pour la poste ).

Michel Laloux a choisi, dans cette optique, de prendre pour exemple le cas de l'école, car il y a réfléchi depuis longtemps. En 1977, un programme de la gauche prévoyait une nationalisation de l'enseignement public et privé; un débat stérile a eu lieu autour de cette question, à son avis mal posée. Il a alors envisagé une transformation de l'Education Nationale par des écoles non pas étatiques, mais remplissant un service public.

Il a consacré 2 livres à ce sujet:

 

l'un " L"école dénationalisée ", non pas à la façon participative de mai 68, mais avec les acteurs concernés, enseignants et parents.

 

le second " Torrents de jeunesse " en 1992, contre un système éducatif qui perd sa vitalité. Des tentatives de mise en application ont eu lieu en Suisse, mais elles ont échoué, sur les questions de financement des écoles privées. Celles-ci ne doivent pas recevoir de l'argent public.

 

Michel Laloux s'intéresse donc à la transformation des écoles d'Etat. Il affirme fortement qu'il ne met pas en cause le travail des enseignants de l'école publique, persuadé qu'ils pourraient faire mieux dans un autre cadre. Actuellement, quand il y a innovation, elle est apportée malgré le système, qui s'oppose à la créativité.

 

Pourtant des réformes, il y en a eues , dont plusieurs n'ont même pas eu le temps de s'appliquer.

Apportent-elles vraiment du nouveau, ou prolongent-elles, ou aggravent-elles les tendances constatées ? Le fondement de l'édifice reposant sur la transmission des savoirs ( donc sur la cérébralité ), on constate le malaise, car l'école n'a apporté ni savoir-faire , ni savoir-être.

 

ecole_par_nitot_flickrI. LA SITUATION ACTUELLE

Examinons les domaines en crise

1. les savoirs

Dans ce qui constitue l'objectif principal affiché par notre actuel système, on constate une dégradation progressive des résultats. Selon les enquêtes européennes ( PISA ), 1/4 des Français sont presqu' illettrés. Selon les études du ministère, 2/3 des élèves sortant du primaire ont de bonnes acquisitions, et 1/3 ont acquis de bonnes connaissances au sortir du collège … Ce n'est pas la marque d'un système très productif, comparé à d'autres pays.

2. l'égalité des chances

Pour la plupart des observateurs, il y a échec

3. la dégradation des comportements et la violence dans les établissements

Cela pose de réelles questions. Le vivre ensemble et le brassage social sont menacés.

4. l'implication des parents

Au moment de la création de l'école publique par Jules Ferry, le message aux parents était: " nous nous occupons de l'éducation de vos enfants, restez hors de l'école " .

En janvier 2010, une expérience menée par des sociologues dans l'académie de Créteil sur 5.000 collégiens de 6ème avait pour but de rapprocher les parents de l'école au moyen de 3 réunions. Les thèmes étaient: comment les parents pouvaient mieux accompagner les enfants à la maison, comment gérer la violence etc … Il y a eu un effet immédiat, avec une amélioration très sensible du climat.

Les parents n'ont pas démissionné, ils ont été " démissionnés ".

D'autre part, où apprend-on le métier de parent ? L'école pourrait être ce lieu de rencontre où l'on approfondit les questions d'éducation.

5. la formation des enseignants

Il faut maintenant un master ( bac + 5 ), le stage de formation est supprimé. Ce dispositif fait l'unanimité contre lui. L'EN n'arrive pas à répondre aux besoins de son personnel.

6. la neutralité - laïcité

L'école prétend ne pas défendre une conception du monde. Est-ce réellement possible ou est-ce une inconséquence philosophique ? N'y a-t-il vraiment aucun présupposé ? Ceci devrait pour le moins faire l'objet d'une évaluation, mais on s'en garde, par crainte de rallumer la guerre scolaire.

En résumé, l'école publique proclame un idéal, qui n'est pas réalisé, dans un discours auquel personne ne croit plus. Or un idéal qui continue à être proclamé en dépit de tout, devient une idéologie, destinée à s'effondrer. Nous en avons des signes précurseurs.

II. QUELLE RELEVE SE PREPARE ?

1. Pour le moment, l'objectif - non formulé - c'est le basculement vers le privé. L'OMC avait voulu inclure dans l'Accord général sur les commerces et les services ( AGCS ) les services non-marchands, tels que la santé, l'éducation, la culture. Il y a eu une levée de boucliers, et ces services ont été extraits par Chirac au cours de la discussion sur l'AMI.

2. Y a-t-il d'autres moyens de changement sans tout bouleverser ?

Michel Laloux a réfléchi à une méthode, une espèce d'itinéraire " bis ", qui donnerait la possibilité à ceux qui le veulent, d'opter pour un nouveau fonctionnement, serait-ce au sein du même établissement. Cela serait en conformité avec l'esprit de la " démocratie évolutive ", que l'auteur veut promouvoir. ( Pour le détail des étapes d'autonomisation, voir " Torrents de jeunesse " ).
Ces écoles seraient-elles encore publiques, càd, fourniraient-elles ce qu'on appelle un service public ?

Des objections importantes viennent immédiatement à notre esprit:

Crainte d'aboutir à une école uniquement pour gens favorisés

Crainte d'une école sectaire, ne respectant pas les consciences etc …

La peur d'un tel changement ne devrait pas nous paralyser. Certes, des risques existent, mais ce n'est pas une raison pour mettre a priori des garde-fous. Si des délits étaient commis, les citoyens seraient capables de trouver des solutions. Le droit français dit que chacun est présumé innocent , et on pourrait juger après-coup, et très rapidement. Mentionnons que le droit existe d'ouvrir des écoles coraniques, par exemple, mais cela ne se fait pas pour autant.

Le service public selon Michel Laloux repose sur le respect strict de 3 obligations de base:

- l'obligation scolaire

- la gratuité des études

- le respects de la liberté de conscience des enfants et des parents

3. Imaginons ces écoles …

Elles devraient d'abord être à taille humaine, des écoles de 200 – 800 – 1.000 élèves, pour que les rencontres soient possibles afin de chercher les solutions. Mais pas un système entier, totalement irréformable : l'EN est le plus grand employeur au monde ( 1 million de personnes ) !

Les écoles seraient des unités autonomes, indépendantes, avec différentes pédagogies, libres de leurs choix pédagogiques.

Les parents seraient partie prenante pour exercer les choix éducatifs que leur reconnaît la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ( art 27 ).

Les établissements auraient comme obligation de collaborer entre eux, à travers des Cercles de coordination. La mission de ces derniers serait de se poser les questions du genre: est-ce que tous les besoins sont remplis ( enfants particuliers handicapés - hyperactifs – surdoués etc ) ? Faut-il ouvrir de nouveaux établissements ?

III. PRINCIPES D'ORGANISATION DES ECOLES DE LA SOCIETE CIVILE

1. Quels sont les droits fondamentaux à mettre en œuvre ?

- L'enfant a droit à une éducation qui lui soit appropriée, ce qui suppose un certain pluralisme de pédagogie

- Les parents ont le droit de choisir l'éducation et l'enseignement pour leurs enfants

- Les enseignants ont le droit de choisir leur pédagogie ( dans le passé, des associations dans ce sens se sont créées, ex M. Pierrelevée en 1990 " créateurs d'écoles " )

- La liberté doit exister pour les citoyens de créer et d'administrer des écoles publiques, non gérées par l'Etat.

2. Les devoirs de ces écoles

Examinons plus en détail les obligations du service public:

La scolarité obligatoire

Les parents doivent envoyer leurs enfants à l'école jusqu'à 16 ans, et les enseignants doivent accueillir tous les enfants, ou chercher des solutions adaptées ( Cercles de coordination ). L'Etat intervient si l'obligation n'est pas respectée ( rôle législatif et non exécutif ).

La gratuité

Pas d'écolage, pas de but lucratif, budget en fonction du nombre d'élèves.

Un élève coûte en moyenne 7.000 € par an, chaque contribuable contribue pour 2.000€.

Ici, l'Etat intervient pour mettre les fonds à disposition et en contrôler l'utilisation .

Le respect des consciences

Il appartient aux parents de s'informer sur les choix pédagogiques et les programmes, l'organisation de l'école. Les Cercles de coordination doivent organiser cette information.

Dans les Conseils d'administration des écoles, on ne peut siéger qu'à titre individuel, et non au titre d'une association, d'une église, d'un parti, etc …

Les écoles associées ont aussi la charge de la formation permanente des enseignants à travers les Cercles de coordination.

Le contrôle des écoles

Il résulte de ce qui précède que les écoles recrutent elles-mêmes , qu'elles choisissent leurs méthodes, qu'elles sont en relation entre elles, par le Cercle de coordination, qui leur donne un

label.

Le label résulte d'un cahier des charges, il est délivré selon les principes d'un système qualité, utilisé dans le monde économique. Un audit certificateur contrôle la conformité dans le domaine pédagogique, administratif, financier. Un rapport est fait aux services fiscaux de l'Etat ( excédents budgétaires par exemple ).

CONCLUSIONS

Cette conception pourrait s'appliquer à d'autres services publics: on métamorphose, sans privatiser.

L'Etat disparaît dans sa fonction centrale, dont le costume craque de toutes parts. Il réapparaît sous une autre forme, réduite à l'essentiel.

Car l'expérience montre qu'on ne peut pas transformer par le haut, ni répondre valablement aux véritables besoins.

Sous la forme proposée, il serait possible de les faire émerger et de les satisfaire.

Les nouvelles formes de la démocratie ne sont pas encore là, pour répondre aux défis actuels, on ne trouve que l'idée du renforcement de l'Etat dans l'économie ( cf Stiglitz, esprit éminent pourtant ).

Les programmes de partis politiques sont vides de ce point de vue, et le pouvoir du peuple français se limite à la désignation de ses représentants.

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EN COMPLEMENT D'INFORMATION, le séminaire du 17 mars à Strasbourg a repris des questions sur les écoles de la société civile, voir ci-dessous:

Existe-t-il de telles écoles ? Non, actuellement

Qu'est-ce qui empêche leur création ?

 

Il faudrait qu'elles répondent à un besoin, et à une impulsion de fond en provenance du champ social: c'est le cas des systèmes de qualité, portés par la libéralisation en Europe. Mais cela supposerait aussi davantage de conscience dans le fonctionnement des organismes divers.

Plus de conscience: c'est étudier les processus réels au plus près, avoir des concepts et des outils, les mettre ensemble

Les systèmes de qualité:

- Ils sont liés au micro-social, car l'être humain est appelé à être de plus en plus conscient de lui-même, à se connaître soi-même dans son corps, son psychisme, son esprit.

- Ils apparaissent aussi au mezzo-social , lorsque l'organisme se connaît, pour donner des modèles vivants, ou alors ce sont des caricatures ( univers kafkaïen, découpage du travail )

- Que serait un système de qualité vraiment humain ? voir Udo Hermanndorfer en Suisse et Chemin vers la qualité en France

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Avec les références de ouvrages cités, ainsi que " La démocratie évolutive " Ed Yves Michel

Sont disponibles par mail auprès de Pierre Barnoux ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ), sur demande , les compte-rendus des conférences et séminaires organisés en Alsace depuis janvier 2009 par Michel LALOUX

- 14.10.08 conférence: " mettre fin à la dictature de l'économie "

- 17.01.09 séminaire: "l'économie démystifiée ( notions de base, travail, valeur, prix )

- 14.02.09 suite du séminaire précédent ( processus économiques )

- 7.03.09 suite " ( la monnaie )

- 8.05.09 suite " ( monnaie et capital )

- 17.10.09 séminaire Travail – salaire - chômage – retraites, en économie à valeur humaine

En préparation, CR du séminaire du 17.03.10 ( retour sur formation des prix , division du travail etc ) )

Prochaine séminaire prévu à Colmar le 1er mai 2010 de 9H à 17 H sur la formation des prix et le rôle des cercles de concertation producteurs - distributeurs - consommateurs

Site à consulter democratie-evolutive.fr

Commentaires

avatar lucienne
0
 
 
Un débat sur le service public de l'école serait le bienvenu ...
Signé
Le Rapporteur ou le Reporter, comment dit-on ?
Françoise Schreiber
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